JP. NATAF « Plus de sucre »

Tôt ou Tard, 2004

 

Jean-Philippe Nataf, c’est un Innocent.

Aux mains pleines.

Aux mains pleines de talent.

A une époque, c’était un jeu de main pas vilain avec Jean-Cri, Innocent lui aussi.

Aujourd’hui, Jipé apporte un album, solo.

Tout rompre, définitivement, c’est du sensationnel, pas réel.

C’est pourquoi, naturellement, sûrement, on entend Bernard Viguié à la basse ou au ukulélé, Christopher Board et Bertrand Bonello aux claviers et Michael Rushton aux percussions.

Innocents compères.

Et d’autres qui fusionnent parfaitement avec cette atmosphère « ex »  : Albin de la Simone, Kim Fahy pour ne parler que de ceux qui manipulent la 6 cordes.

 

Comme la plupart de mes disques préférés, j’ai détesté « Plus de sucre » à la première écoute.

Et puis il est devenu peu à peu obsédant. Ce disque appelle l’oreille, demande à l’auditeur de se poser. A l’antithèse de la vie moderne, on ne consomme pas le disque de Jipé Nataf. On ne le met pas à fond le samedi soir pendant un dîner avec les potes. On se le garde pour des moments à soi, comme un bon bouquin. Enfin, on fait ce qu’on veut.

 

J’avoue avoir été surpris par ce côté intimiste. Un peu noir.

Et comme la plupart de mes disques préférés, je découvre à chaque écoute un nouveau détail musical croustillant : cet album regorge de finesses. Pas d’exubérance ici. C’est riche et il faut le découvrir.

 

« Tout doux », le titre qui ouvre l’album rappellera l’humeur des Innocents avec un traitement de son différent, qui annonce la couleur du disque.

Quand on aime Paul Mc Cartney, comment ne pas aimer « Mon ami d’en haut » ? Avec un son de guitare acoustique comme j’aime (tout comme celui de « Enveloppe », Simon et Garfunkel-ien) ! Et un texte qui me fait me demander si TF1 est une chaîne bien réelle ou bien si je rêve… Qui sont les martiens dans cette histoire ?

La boucle rythmique de « Jean-Philippe » a une petite saveur EVERYTHING BUT THE GIRL bien agréable, et j’avoue qu’avec ses guitares vibratos au son 60’s, c’est mon titre préféré.

Ah, pardon, mon autre préféré c’est « Je mange mal » avec un refrain ascenseur et un groove redoutables. Echange « Rengaine » de 7’18 ‘’ contre rengaines de 3’10’’ diffusées à outrance sur les ondes et dans les supermarchés.

Un final digne avec « Le consentement », et comme la boucle est magistralement bouclée, je me lève et je remets au début.

 

Un dernier mot pour dire que les scores de ventes de disques justifient la poursuite d’une carrière pour un artiste ou un groupe, aussi bon soient-ils. L’industrie du disque ne veut toujours pas regarder ses problèmes en face et on envoie par dessus bord des gens talentueux. Je ne parle même pas des gens talentueux qui ne sont jamais parvenus à monter à bord de cette épouvantable machine. Bien sûr nous savons que le talent et le business sont deux choses distinctes. Et pourtant, si Jipé, en l’occurrence, n’avait pas eu la possibilité de livrer via Tôt ou Tard cet excellent opus, j’aurais, nous aurions, véritablement manqué quelque chose.

Qui doit changer de comportement ? Que sommes-nous en train de perdre réellement ?

 

Basta ! C’est le printemps. Prenez une bonne résolution : régime : « Plus de sucre »… pour tout le monde.

 

Nicolas Bravin pour laguitare.com 7 mai 2004




photo prise sur le site de Jipé
Entretien avec Jipé Nataf. 19 mai 2004.
 
Nicolas Bravin : quelles sont les guitares que tu as utilisées pour cet album ?
 
Jipé Nataf : j'ai utilisé essentiellement ma vieille Martin D28 (connais pas
l'année,plutôt début seventies d'après des avis connaisseurs).
sinon en électrique,une Gibson Chet Atkins Tenessean demi-caisse,une vieille
Stratocaster pas terrible et pas chère,la Telecaster de Pascal Colomb sur un
titre, et une vieille Fender précision. Plus mon Orpheum A Imperator, une
basse tenor des années trente, genre de guitare acoustique à 4 cordes...
 
NB : as-tu procédé en prises « live » ou bien posais-tu une base pour
overdubber ?
 
JPN : nous avons enregistré tous les titres live, un titre par jour, c'était la
règle. j'enregistrais guitare-voix dans une cabine fermée et le reste du
groupe dans la pièce.d'où beaucoup de repisse et peu d'option pour séparer
les instruments au mix (monter le piano monte la batterie,etc...).
je re-faisais des voix le soir même (au petit matin plutôt) à la fin de la
session et quelquefois plus tard pour essayer autre chose (un SM58 à la
place d'un Neumann par exemple,ou un grain de voix d'un autre moment de la
journée).pour les instruments,sur la moitié des titres,il n'y a pas
d'overdubs et nous avons même gardé sur le disque des mises à plat du jour
de l'enregistrement.sur d'autres, Albin est venu rajouter des claviers car
il n'avait pas pu être disponible ces jours-là et,de façon générale,les
absents avaient droit à une tentative (une ou deux pistes) sur chaque titre.
j'ai moi-même rajouté de petites choses (percus,claviers,guitare
electrique,choeurs...) à l'exception de "Mon ami d'en haut" où, peu satisfait
des multiples essais live, j'ai fini par tout refaire, ne gardant des prises
que le ukulélé de Bernard et le Hammond d'Albin...
 
 
NB : sur l’intro de « mon ami d’en haut », on entend comme un side-stick sur
l’after beat. Est-ce toi qui le fait sur la guitare ou est-ce une percu ?
 
JPN : au début, c'est l'ongle de mon index dans le dessin de picking qui joue le
rôle d'afterbeat (comme, mais on l'entend moins dans le mix, sur "Tout doux"
et "Enveloppe")  

 

 
NB : où peut-on suivre ton actualité (dates de concerts…)
 
JPN : pour les infos, 2 possibilités : www.totoutard.com
                                   //jpnataf.lesinnocents.net/
    en attendant un site perso un de ces jours, mais que j'espère plus
musical qu'informatif.
 
NB : cet album donne une sensation de fluidité, de maîtrise. L’écriture
a-t-elle été laborieuse ?
 
- pour la moitié des titres, j'ai utilisé des brouillons de chansons comme
j'en enregistre des centaines sur mon dictaphone. d'ailleurs c'est souvent
un de mes comparses qui a choisi la ou les chansons qu'il aurait
plaisir à jouer lors de la session suivante, auquel cas j'écrivai un texte
et terminait la structure pour le jour J.
à partir de là, nous jouïons la chanson toute la journée et je peaufinais
au cours de la session (texte, structure, tonalité...). nous gardions
ensuite la meilleure prise, il doit y avoir sur l'album une 57ème (Jeune
homme, à la rame) et une première prise (Le consentement, vers 13 h,
avant de commencer à trop réfléchir), parfois du montage entre 2 ou 3
prises, mais nous ne jouïons pas forcément au click donc chaque chanson a
été un cas particulier, d'autant qu'entre 2 sessions pouvaient s'écouler
plusieurs mois.
 l'autre moitié des titres a été écrite en studio, de plus en plus vite au
fur et à mesure qu'avançait l'album. parfois j'ai écrit (et composé) une
chanson à la fin d'une journée d'enregistrement, entre 3h et 6h du matin
pour que nous puissions la jouer quand tout le monde allait revenir vers
13-14h...
 
NB : tu vois qui comme champion de L1 en football cette saison ?
 
JPN : euh, j'ai un peu trop tardé à répondre, mais j'aurai préféré Monaco
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